La valse des attachés-cases

La valse des attachés-cases





























C'est' peut-être le fait de' courir 'partout qui 'ensuite vous 'donne
la -sensation' de- n'habiter 'nulle' part. -Je -cours- au -milieu -des
autres,- nous' nous -heurtons 'les -coudes, -les -manteaux 'longs
bruissent 'en 'se' frôlant. -J'avance 'et' je 'les 'vois, -par 'dizaines,
par' centaines, -tout de 'cuir noir vêtus 'tandis que' leurs' boucles
de métal 'luisent dans -l'obscurité du soir. 'Brinquebalant au bout
des'-' mains '-masculines,'-' les -'attachés-cases -'entament -'leur
danse 'quotidienne. 'Ils s'écartent parfois lorsqu'il faut me laisser
passer, 'je me fraie un 'chemin à 'travers leurs rangs. 'Pesants et
besogneux, 'leurs déplacements plein de lourdeur, 'ils virevoltent
jusqu'au 'lendemain.' Rien -ne' semble -devoir 'arrêter 'leur' valse
grinçante, 'et, 'lorsqu'ils 's'arrêtent 'un' instant 'dans 'les 'wagons
d'un vieux métro, ce n'est que pour repartir de plus belle dès que
les portes s'écartent. Usés par la vie, usés par le temps, cognant
contre mes côtes lors d'instants d'inattention, 'ils éclaboussent le
paysage -déjà '-très ''gris -de -'couleur-' encore '-trop '-noire. -'Et
reprennent -_leur ''_danse, _-chaque _'-matin _'-plus _'-pressés.




[oeuvre d'une artiste, Naomi Hart, trouvée ici]

# Posté le samedi 27 septembre 2008 09:57

Modifié le samedi 27 septembre 2008 10:35

Perles prépateuses

Perles prépateuses


Non, vous ne rêvez pas, du 15 juillet au 22 août, j'ai fait une prépa. La prépa, c'est chiant, on bosse tout le temps et les gens avec lesquels vous êtes sont des mutants capables de sortir la première phrase d'un bouquin d'Hanna Arendt qui est en fait une citation de René Char en une seconde top chrono (pour ceux que cela intéresse, la phrase en question était « Notre héritage n'est précédé d'aucun testament »). Mais il y a quand même parfois des avantages, comme une entrée à Sciences Po Paris à la clef et des petites phrases qui ne passent pas inaperçues et valent bien le détour...

"On sent quand même une certaine tension intellectuelle dans vos copies, cela ressemble moins à des rapports de gendarmerie."

"Pensons aux déboires de Moulinex."
M. De Seguin, prof d'Etude sur documents

"Ce n'est pas parce qu'il ressemble à un nain de jardin que vous devez oublier Robert Hue. Ses 8,5% en 1995, elle serait contente de les avoir, la Marie-Georges [Buffet]."

"L'exposition coloniale de 1931, c'est de la télé-réalité."
M. Prigent, prof d'histoire

"Si vous vous trompez sur la conjugaison de ce verbe, vous signalez deux choses au correcteur. D'abord, vous avez fait une prépa. Ensuite, vous l'avez mal faite."
M. Tillman, prof d'allemand

"On vous a sûrement déjà traité de mocheté. Mais y'a un p'tit côté sympa quand même, c'est le chuintement final qui est sympathique. Tandis que quand on vous dit « toi, tu es laid », c'est un constat presque médical."

"Si je dis que je trouve que John-David est beau, alors ça veut dire qu'il y a une recherche d'universalité, et que toute personne normalement constituée doit trouver que John-David est beau et rêver de s'ajouter à ses 780 victimes."

"Mais John-David porte des pantalons, on dirait qu'il a fait caca dedans. En même temps, il a retroussé le bas. Cela fait très "eh ben alors, t'as eu un accident pendant la pêche aux écrevisses ?"."

"Et puis maintenant, tout le monde va porter des pantalons qui tombent, les retrousser sous les genoux et mettre un lacet sur le front. Le lacet, c'est pour maintenir le cerveau et éviter que les idées tombent."

"Le marteau est fait pour planter le clou. Ce n'est pas la faute du marteau si Bob a décidé de planter Jeanine au lieu de planter le clou. Oui mais voilà, le problème c'est que le marteau est conçu de telle manière qu'il puisse aussi bien planter le clou que Jeanine."

"Un intérieur peut être à la fois beau [qui vient du latin bellus qui veut dire qui me donne du plaisir et agrémente ma vie], donc cosy, douillet, et très kitsch, avec une vierge fluo et un pape en relief."

"Margaux, si vous avez décidé de vous habiller en turquoise ce matin, c'était parce qu'aujourd'hui, vous aviez envie de dire « regardez-moooiiiii !! »"

"Il y a une inflation du mot « putain ». Pourquoi vous ne dites pas plutôt "flûte" ? Ou "sapristi", comme Babar !"

"A l'oral d'entrée à l'ENA, quand on a une tête à claque, on prend des claques."

"Il y a la barbe collier, la barbe bouc, la barbe broussailleuse, et, comme vous, la barbe Patrick Fiori."
M. Cobast, prof de culture G et palme d'or indéniable de la phrase à retenir...

# Posté le jeudi 04 septembre 2008 13:33

Modifié le dimanche 21 septembre 2008 17:37

Rastignac, resté seul, fit quelques pas vers le haut du cimetière et vit Paris tortueusement couché le long des deux rives de la Seine, où commençaient à briller les lumières. Ses yeux s'attachèrent presque avidement entre la colonne de la place Vendôme et le dôme des Invalides, là où vivait ce beau monde dans lequel il avait voulu pénétrer. Il lança sur cette ruche bourdonnant un regard qui semblait par avance en pomper le miel, et dit ces mots grandioses : A nous deux maintenant !

Rastignac, resté seul, fit quelques pas vers le haut du cimetière et vit Paris tortueusement couché le long des deux rives de la Seine, où commençaient à briller les lumières. Ses yeux s'attachèrent presque avidement entre la colonne de la place Vendôme et le dôme des Invalides, là où vivait ce beau monde dans lequel il avait voulu pénétrer. Il lança sur cette ruche bourdonnant un regard qui semblait par avance en pomper le miel, et dit ces mots grandioses : A nous deux maintenant !


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' ' Paris n'est pas le centre du monde. C'est le centre du monde des parisiens. Ceux qui ne disent pas chocolatine, mais pain au chocolat, ceux qui prononcent le « ait » du lait comme s'ils devaient ouvrir grand la bouche chez le médecin. Ceux aussi qui n'ont pas le temps pour rien, ne peuvent se dispenser d'un petit renseignement au détour d'une rue parce qu'ils sont pressés, si pressés, si stressés qu'un jour ils finiront par s'asseoir sur leur canapé en cuir clair pour se dire qu'ils ont mal aux pieds d'avoir couru toute leur vie.

' ' Non, Paris n'est pas le centre du monde, mais ça y ressemble. Les rues empruntées chaque jour à la même heure ont toujours un secret qui reste à découvrir. Les bâtiments se dressent fièrement pour dire qu'ils sont bien plus vieux que toi, qu'ils en ont vu passer des étudiants, des clodos, des hommes d'affaires en costume sombre et des touristes japonais. Ils ont une vie propre que tu ne connais pas, ils s'animent chaque jour différemment selon la lumière et l'humeur. On ne se lasse de rien, on s'émerveille toujours, on collectionne dans sa tête toutes les choses uniques récoltées par hasard le long des trottoirs parisiens.

' ' Paris est une ville sale, il faut slalomer entre les crottes de caniches au bout de la laisse desquels se trimballent des petites vieilles replètes ou des jeunettes branchées. Il faut composer avec les papiers et les emballages semés par les touristes et les transparents, avec l'odeur âcre du métro qui s'intensifie aux heures de pointe. Les poubelles s'entassent selon le degré de rébellion qui agite les rangs des éboueurs. Les odeurs s'égrènent le long des quais de la Seine, urine, sueur, détritus, crasse, merde, et on finit par retenir les places précises où il vaut mieux retenir sa respiration.

' ' Paris est une ville lumière qui porte bien son nom. La géante d'acier, aux quatre petons bien ancrés dans le néant du Champs de Mars, se pare de bleu et scintille pendant cinq petites minutes. Les Invalides déploient leur coupole d'or luisante sous le ciel sombre, la colonne de la place Vendôme illustre les richesses qui se vendent sous son égide, les devantures se suivent et ne se ressemblent jamais. Partout, la lumière se glisse, tantôt éblouissante, tamisée, colorée, clignotante. Partout, la lumière fait exister les choses autrement lorsque l'obscurité reprend ses droits. Il y a des étoiles partout, sauf là où elles devraient être.

' ' Paris est une ville de piétons, d'errants, de paumés. Elle favorise les marches au hasard, lorsqu'on ne sait plus quoi faire, lorsqu'il n'y a rien dans le frigo, lorsque les programmes télé descendent encore sous le stade de la nullité absolue. La voiture est là, loin d'être reine, emmerdée par les sens interdits et l'étroitesse des voies, les feux mal réglés et les agents de police hargneux. Tout est fait pour les pieds, pour les marches nocturnes sans but et sans demi-tour.

' ' Paris est une ville pesante. La lourdeur d'un ciel sans étoiles n'a d'égal que la massivité des constructions chargées d'histoire, et les cathédrales, les églises, les théâtres projettent leurs ombres sur tout ce qui les entoure, enveloppent les hommes et cachent le ciel. Une sensation de manque d'espace, comme si les architectes avaient oublié ce vide qu'ils se doivent de laisser et que les artistes reprennent souvent à leur compte, comme si le plein avait pris les pleins pouvoirs. Il reste des endroits isolés, bouffées d'air accordées entre deux asphyxie, recul momentané de l'urbain au profit d'un ersatz d'idéal.

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[Titre extrait du Papa Goriot de notre Honoré national
photo de la rue de Provence]

# Posté le vendredi 22 août 2008 14:28

Modifié le samedi 23 août 2008 04:54

(Happy) Birthday


18 ANS déjà
18 ANS seulement




[Mathilde et moi - 06/09/08]
(Happy) Birthday

# Posté le mercredi 13 août 2008 05:44

Modifié le samedi 27 septembre 2008 09:51

Margaux a testé pour vous... les programmations télé pendant l'été

Margaux a testé pour vous... les programmations télé pendant l'été
Cet été, entre deux 8/20 récoltés dans ma charmante prépa d'été sur laquelle je m'étendrai une autre fois, je découvre les différents programmes proposés par la télévision. Et j'avoue que deux en particulier manquaient cruellement à ma culture générale. Maintenant, c'est chose faite, mon patrimoine intellectuel s'est considérablement enrichi grâce à La Petite Maison dans la prairie et Secret Story. Que je vous narre la chose...

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___La Petite Maison dans la prairie___

Situation initiale : tout se passe dans une salle de classe, où le niveau doit vraiment être pitoyable puisque les garçons de 20 ans suivent les même cours que les mioches de 7 ans. Bref, inutile de dire qu'ils vont tous finir dans des champs à traire des vaches et couper du bois, on se demande pourquoi ils s'emmerdent à apprendre les fractions.
Là, élément perturbateur : la maîtresse se fait virer. Elle en a les larmes aux yeux et une espèce de bûcheron mit chemise à carreaux vient la consoler. Il s'agit de Charles Ingalls, évidemment, c'est toujours lui qui console tout le monde parce qu'il est gentil. Bref, la maîtresse lui montre un bout de papier crabouillé ["c'est une carte que les enfants m'ont faite à noël"] et là, ils pleurent tous les deux à chaudes larmes.
Ensuite, péripétie number one : la maîtresse fait ses adieux à un petit goret rose vêtu d'un sac en toile de jute d'où dépassent deux tresses, j'ai nommée Laura Ingalls, fille du Charlie du même nom, donc forcément gentille. Bref, ça pleurniche encore un peu, avec force "le nouveau maître pourra jamais être aussi bien que vooouuus", "Oh, Laura, tu es si adooorable !". Sneuf, sneuf, sneuf
Puis, péripétie number two : le nouveau maître arrive. Petit Porc lui fait un grand sourire total demeuré auquel il ne répond pas. Il faut donc en conclure que le nouveau maître est méchant. Evidemment, Gorette à Tresse se fait punir injustement et rentre à la nuit tombée chez elle parce qu'elle n'avait pas fini sa punition. Puis, Porcassou est de nouveau punie injustement, re-punie re-injustement, encore punie encore injustement, toujours punie, toujours etc. Et là, on comprend que Laura Ingalls est une sainte, parce qu'elle passe sa vie à faire des punitions pour des crimes qu'elle n'a pas commis, et quand elle a fini, elle révise son orthographe.
And the last péripétie : Charlie le bûcheron surprend le vilain maître qui veut punir sa Gorette chérie. Là, il se fâche tout rouge et POUM ! il le prend par le col, CRAC ! il lui casse sa badine, VLOUF ! il le jette au sol. Scène d'une violence insoutenable, censurée.
Elément de résolution : Charlie fait appel à la maîtresse du début pour qu'elle revienne. Elle pleure à chaudes larmes, et on commence à être habitués. Elle accepte, Charlie et elle pleurent encore ensemble.
Situation finale : la maîtresse parle des abeilles, qui sont nos amis, Gorette à tresse fait des fractions, Charlie coupe du bois, et tout le monde est très heureux.

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___Secret Story___

J'ai récemment découvert Secret Story, ou la vie de 15 crétins enfermés dans une maison au design plus que douteux, les lavabos ressemblant à des tabourets, les tabourets à des suppositoires, la cuisine à une maison de télétoobies. Les 15 susmentionnés n'ont rien à faire de leur vie si ce n'est coucher les uns avec les autres, bouffer, se prélasser, accomplir des missions ridiculissimes (« Tu vas redonner le goût de vivre à Isabelle ») et... créer des embrouilles à qui mieux mieux. Bref, on a droit à des démonstrations assez énormes d'hypocrisie patentée, et à quelques synapses en mauvais état (« Qui a dit qu'on n'était pas sérieux quand on a 17 ans ? » « Ben, Claude François ! »). De plus, la production s'est arrangé pour qu'aucun individu un tant soit peu normal ne prenne place dans la maison. Entre le mec qui utiliste un fer à lisser et ne supporte pas qu'on lui donne des ordres parce que ça lui donne envie de faire tout le contraire, la fille qui trouve que c'est normal d'être superficielle et n'a jamais fait la cuisine de sa vie, ou encore le type qui va cacher de la bouffe sous son lit parce que Secret Story, on dirait pas comme ça, mais ça prend parfois des allures de Koh-Lanta, personne, je dis bien PERSONNE dans cette baraque n'a le gène de la normalité.
C'est nul mais on regarde quand même, grand paradoxe de l'humanité téléphage qui a déjà permis à nombre d'émissions d'avoir un succès fou sur le petit écran...pour pas grand-chose.

[Dessin de Blachon, Les malmenés]

# Posté le vendredi 01 août 2008 16:50

Modifié le mardi 12 août 2008 05:52